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Toilettes intimes
16. oct.
2013
Non classé
0

Nicotines : La pagaille – 5

Septembre 2010

 

     Dans un hôtel. Je suis allongé sur une serviette. Ma main caresse l’eau d’une piscine. Le soleil a déjà commencé à consumer ma chair.

   Je tente de vider mon esprit : penser sans cesse à l’idée de devoir vider mon esprit. L’idée ne quitte pas ma tête, en boucle. Je la reformule à mon aise. Je la redis sans fatigue : devoir vider la tête. Difficultés à évacuer toutes les pensées. Je respire. Je redis le segment. Je ne le saisis plus, aucune compréhension de la phrase : devoir vider la tête. Cacophonie. Suite lexicale absurde. Aucun décodage mental. Le verbe modal bloquerait l’action. Je redis la phrase : vider la tête. Même chahut. Je contourne l’impossibilité. Il faudrait penser alors à des choses agréables. Je puise dans mes sources : un souvenir plaisant, un projet excitant… Le soleil entrave l’opération. Des brûlures sur le visage. Je me lève. Je jette mon corps dans la piscine.

   Le soleil couvre encore toute la surface où j’existe. Je cherche un peu d’ombre. Sous un arbre, je place mon corps brûlant. Je repense au devoir inaccompli. Je respire longuement. Je ferme les yeux. Noir. Un petit mal à la tête qui tente de se vider. Mon téléphone Sonne. C’est Y. Je ne décroche pas. Une vibration : «  J’ai besoin de toi. Tu me manque ».  Mon corps quitte le repos. Je relis la phrase. Toujours la même sensation. Le mal de tête augmente. Y. aurait besoin de moi. Je lui manquerais. Je ne comprends pas la reformulation. Je rajoute une absurdité : Y. aime une autre personne. Y. a besoin de moi. Je manque à Y. Cela me coupe le souffle. Je jette le téléphone loin de ma vue. L’absurdité ne quitte pas mon esprit. Impossible de la chasser.

   Je reformule : Je manque à Y qui aime une autre personne. J’ai connu le manque de Y. Je le connaitrais peut-être encore là. Inadéquation. Le manque d’Y. a été vécu dans l’absence de toute autre personne. Lui, il vivrait mon manque en aimant une autre personne. Cela n’est pas équitable. Aucune justice. Deux perspectives : Y. devrait vivre l’exclusivité de mon manque, dans une totale solitude. Ou bien, Y. devrait vivre mon manque sans aucune satisfaction.

   Je reprends mon téléphone : «  Salut. Tu vas bien ? ». J’envoie le message à l’étranger.

@Rawand Ben Mansour
@Rawand Ben Mansour

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14. oct.
2013
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Nicotines: La pagaille 4

                                                                                                                                                                                                                                                Aout 2010

 

   La pagaille est là. Je la vis quotidiennement. Entre la monotonie extérieure et le vacarme intérieur, je ne trouve aucune place.  Les jours se succèdent avec la même indifférence. La chaleur ne m’aide en rien. Toujours la même trajectoire : mon lit, la cuisine, ma chambre, le café, le jardin, ma chambre, mon lit.  Circularité épuisante. Rien de nouveau. Le futur n’est point prometteur.  Je vis les choses sans aucune appréciation.  La présence de l’étranger se fait de plus en plus ample. Seule échappatoire contre la quotidienneté des jours. Toujours cette petite envie silencieuse de connaitre le visage de cet Autre. Je n’ose pas le demander. Il ne l’a pas fait, pourquoi le ferai-je ?

   Cet après-midi, l’Autre s’est fait dévoiler, virtuellement. En voyant son visage, je coupe instinctivement la communication. Je me mets debout. J’allume une cigarette. Je commence à rôder dans la cuisine, silencieux. J’opère un va-et-vient entre l’ordinateur et la porte de la cuisine, machinal, sans aucune explication. Je sors dans le jardin. Je tente de m’asseoir sur les marches des escaliers. Je le fais. Sitôt une envie soudaine m’attaque : vouloir revoir le visage de l’Autre. Je cours vers l’ordinateur. L’étranger est encore là, silencieux. Il n’a pas été étonné par la brusque coupure de la communication. Je crée un léger mensonge pour reprendre la communication. L’Autre ne refuse pas. Son visage prend forme de nouveau sur l’écran de mon ordinateur. Je rallume une cigarette (je fume trop). Je fixe l’image qui s’offre à moi.

Lui : « – Ton visage m’est familier.

Moi : – A bon ? Le tien aussi.

Lui : – Tu trouve ? C’est bizarre quand-même non ?

Moi : – Effectivement.

Lui : – J’ai l’impression de t’avoir déjà vu quelques part.

Moi : – Pareil pour moi.

Lui : – Où est-ce ?

Moi : – Je t’ai vu dans un fantasme.

   Silence… L’Autre sourit. Je souris également. Je tente de garder un air « normal ». Ne pas montrer à l’Autre l’émerveillement ressenti. J’essaye de changer de sujet en envoyant de la musique. L’étranger coopère.  Le temps passe. Le visage est encore en face de moi.

   On ne parle que rarement.

Moi : « – Bon, je te laisse là, je dois sortir j’ai quelques courses à faire.

Lui : – D’accord, bonne journée.

   Je coupe la conversation. J’allume une cigarette. Je pars m’allonger sur mon lit. Il fait chaud. Je tente de dormir un peu. Je n’y arrive pas. Le visage me « hante » un peu. J’essaye de lire un bouquin. Toujours rien. Le même visage. Je m’habille. Je pars chez Nina.

                                                                                                                              *                     *                   *

   Au café. On parle de l’ennui. Je discute activement. La discussion se prolonge. Je m’ennuie. Une envie discrète, incomprise : je veux rentrer. Je le fais. J’ouvre mon ordinateur. L’étranger est là. Je ne pars pas vers lui. Il vient vers moi. Nous discutons. Je lui demande qu’on se revoie virtuellement. Il ne refuse pas. Le visage est de nouveau devant moi. Le même. Je cherche un défaut (raison absurde de vouloir trouver un défaut).

   Rien.

   Il se fait tard. Mon corps commence à être fatigué. Je regarde encore le visage de l’Autre. Lui aussi commence à être fatigué. Il faut dormir. Je salue l’étranger. Je sors fumer une cigarette dans le jardin.

@ Rawand Ben Mansour
@ Rawand Ben Mansour
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12. oct.
2013
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2

Nicotines: La pagaille – 3

                                                                                                                                                                                                                                          30 Juillet 2010

Je me suis réveillé avec des piqûres dans le cœur.  Ça m’arrive assez souvent. Je ne donne aucune importance à ce genre de malaise. Je me donne des explications hâtives, toujours selon les contextes. Je lie fréquemment cette douleur à la grosse quantité de cigarettes que je fume, à leur qualité aussi. Je me dis aussi que j’ai peut-être dormi plus qu’il le fallait. ça me fait mal. Je change de position. Essayer de me rendormir. Aujourd’hui, j’ai choisi la première explication. Je veux dormir encore. Je n’ai rien à faire, pourquoi ne pas dormir alors ? Le changement de position n’a rien résolu. Je bois un peu d’eau fraîche. Je fume une cigarette. Je recherche encore le sommeil, en vain. Aucune échappatoire face à cette douleur. Je sens mon cœur abattu entre mes os. Je respire longuement. J’écrase mon cœur contre le matelas afin d’atténuer les piqûres. Ça fait de plus en plus mal. Ai-je dépassé le temps nécessaire de sommeil ?  Je quitte mon lit. Je sors au jardin respirer un bon coup d’air frais. Il fait un peu noir. Ça ressemblerait au crépuscule. Il est 19h.

Je ne trouve pas mon téléphone. Je le cherche avec passivité. Toujours rien. Mes amis ne peuvent me contacter que sur cet engin. Je continue l’action  avec la même nonchalance. Cela me fatigue. Je rejoindrai mes amis au lieu habituel de nos rencontres. Il est presque 20h. Ils seront tous là-bas. Je pars à la cuisine prendre mon petit déjeuner.  Ma mère n’y est pas. Elle vient chaque semaine passer une nuit ou deux chez moi. Là, elle est sûrement chez elle en train de préparer le dîner dans un vacarme presque assassin. Je profite du silence apaisant qui envahit ma cuisine. Je prépare mon café, je pars chercher mon paquet de cigarette. J’allume mon ordinateur. Je commence à discuter avec l’étranger de l’autre jour. On parle depuis presque deux semaines, quotidiennement, et ça commence à devenir une habitude. Je ne connais toujours pas son visage. Lui non plus. Une relation spectrale qui m’enchante légèrement. A quoi bon vouloir connaître les traits physiques de cet étranger ?

On sonne à la porte. C’est Fonna qui passe me chercher. Je ferme l’ordinateur sans informer le spectre. Je m’habille. On sort. Dans la voiture, une musique me fait penser absurdement à l’étranger. Peut-être qu’il m’avait envoyé une fois cette chanson ? Je ne sais plus. Le surgissement mental de cet inconnu me dérange. Fonna est silencieuse. Cela ne fait qu’augmenter mon irritation. Je commence à bavarder. Faire sortir Fonna de son silence. Faire fuir la légère présence de cet inconnu dans mes pensées.

On arrive au café. Il fait bon. Il est presque 22h30. Toujours la même monotonie étouffante. Le même endroit, la même boisson, presque toujours la même table, les mêmes visages. Ici, on ne se tait guère. On parle, on parle jusqu’au pur bavardage.

*         *              *

Fonna passe la nuit chez moi. Nous sommes dans le jardin. L’aurore commence à prendre la relève. Les étoiles disparaissent peu à peu. Il fait  toujours bon. Pas loin de nous se trouve mon diplôme de fin des études supérieures, mal rangé. Une étape a été franchie. Nous succédons à une étape suivante, inconnue. Nous sommes là pour une pause. Récupérer pour terminer la vie. Nous sommes jeunes et fatigués déjà de vivre. quel pathétisme!. Il nous a fallu un espacement temporel pour un peu de recul. Interroger le passé, l’analyser, le comprendre et le dépasser. Et ce n’est pas une entreprise facile. Nous sommes en plein pagaille. Pas de temps au répit. Des projets futurs bombardent nos têtes. Des interrogations infinies engendrent l’étourdissement. A défaut de contrôle, il faut reposer du moins nos corps : bien dormir, bien manger, bien boire.

Hier, j’étais sur cette même terrasse, sur la même chaise, avec Nina.  Y. me manquait. Ce soir, il me manque encore…peut-être…je ne sais pas. Je ressens l’oubli de la mémoire. A quoi sert de se souvenir ? Je tente la lute contre l’affreux retour des images. Je nie la nécessité (évidente) de la mémoire…Je ne l’ai pas vu depuis sept mois. Petite privation. J’ai passé deux ans auparavant sans le voir. J’ai connu son absence. Je la connais encore.

Je le connais depuis trois ans. J’étais la personne qui ne sentait pas. Aucun besoin de l’humain. Je donnais mon corps pour répondre à des instincts qui sortaient de je ne sais où. Mon corps vagabondait dans des endroits presque toujours inappropriés.  Je l’ai vu pour la première fois sur une photo .Une sensation ineffable (avec du recul, je la nommerai désir) dont j’ignorais l’existence s’empara de moi. Aucune explication  n’a pu concorder avec les vagues inconnues qui traversaient mon corps. Mes yeux fixaient sa figure comme on fixerait un extraterrestre. Je commençais à voir. Auparavant, je ne voyais pas (ou peut-être je ne voulais pas voir). Devant moi, le visage d’un homme que je ne connaissais pas, l’ami de mon amie. J’étais une passivité. Aucune problématique cérébrale. Je ne pensais point à l’amour. Je l’attendais encore moins. Aucune réflexion faite sur ce sentiment. Il était là, entourant mon quotidien. Je le voyais chez les voisins, dans les rues, dans les films, dans des livres, dans ma maison.  Jamais en moi. Une évidence qui ne nécessitait pas une méditation. Quelque chose qui viendrait un jour, ou peut-être non.

Voir une tête, la contempler et sentir une brûlure dans tout le corps…c’est ainsi que j’ai quitté mon quiétisme, involontairement.

Je n’ai revu la figure que six mois après, en vrai. Par surprise. Aucun avertissement, aucune alarme qui aurait signalé sa présence dans l’endroit où je rejoignais mes amis.  J’ai mis mon corps sur une chaise, la seule qui était libre, juste à côté de lui. Je perdis alors la capacité de proférer un mot. Aucun contact ne nous a unis, à part celui des yeux. J’étais absent par sa simple présence. Nous ne nous étions retrouvés la deuxième fois, sur un lit. Depuis, nous nous sommes retrouvés que sur des lits, parfois rangés, d’autres fois désordonnés. Son corps était à coté de moi, allongé, presque nu. Je le contemplais et ça me rassasiait. Première expérience de ce genre : être à côté d’un corps que je voulais. On ne formait un « nous » que sur le lit. Entre une parole froissée et une autre meurtrière, nos corps s’y réunissaient.

Nous, êtres humains, ne sommes sincères que sur les lits. Là où toutes les paroles du monde s’anéantissent pour laisser libre jeu au langage du corps. Nos organes revêtent alors l’allure des mots. Nos mains explorent des terres vierges, redécouvrent infiniment ces mêmes terres. Nos lèvres dégustent des choses interdites. Nos yeux observent des corps bien faits, tantôt inachevés, tantôt abîmés. Les mots n’ont plus lieu d’être. Se taire devient un acte de jouissance.

Je ne regrette aucun moment passé sur ces lits avec Y.  Il faut que je brûle tous ces lits qui gardent encore son odeur. Il faut que j’écrase tous ces meubles qui risqueraient de me garder attaché à lui. Y. a dit qu’il aime une personne. Conséquence déductive : Y ne m’aime pas.

*                  *                         *

Il est 6h.  Fonna n’a pas changé de posture, ni de visage. Elle est encore loin, noyée dans ses pensées. Je propose qu’on aille se coucher. Elle ne refuse pas. Dans le lit, le processus de rumination ne s’arrête point. Tenter de récapituler le passé juste avant de dormir. Ouverture gratuite de plaies en cours de cicatrisation. Désir audacieux de noyer des images d’antan. Nécessité d’abîmer des desseins antérieurs. Obligation de brûler les foyers nostalgiques. Je ne veux rien. Tout a été dit. Tout a été consommé. J’annulerai sa présence dans mon langage. Toujours commencer par ceux qui nous regardent. Faire oublier aux autres que je pense à lui, histoire de ne plus penser à lui. Un changement d’attitude me demande. La métamorphose s’annonce nécessaire. Je me tourne vers Fonna. Je l’enlace, puis je ferme les yeux.

@Rawand Ben Mansour

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11. oct.
2013
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5

Nicotines: La pagaille – 2

                                                                                                                                                                                                                                               Juillet 2010

 

   Je me suis réveillé à dix heures.  Cela ne fait pas partie de mes habitudes. Aucune obligation. Aucun devoir. A quoi bon se réveiller aussi tôt ? Hier (aujourd’hui serait le terme approprié) je me suis couché vers six heures. Quatre heures de sommeil. Je me suis réveillé sans aucune lueur de fatigue, frais. Je vais à la cuisine rejoindre ma mère pour notre rendez-vous quotidien. Une habitude : prendre le petit déjeuner avec ma mère. Aujourd’hui, je modifie l’habitude. Je rejoins ma mère, portant dans mes mains mon ordinateur. Aucune raison apparente n’expliquerait ce geste. Je n’ai ni cours à réviser, ni mail à envoyer. J’emmène quand-même mon ordinateur au rendez-vous. Je m’assieds, prenant place face à ma mère qui fumait sa deuxième cigarette. A peine ai-je pris le temps de réchauffer mon café qu’elle fut contrainte de sortir pour quelques courses non urgentes. Je reprends ma place. Aucune pensée aux environs. Un cerveau presque vide.

   J’allume mon ordinateur. Un message. Je ne l’ouvre pas. Aucune curiosité pour voir l’expéditeur, encore moins le contenu. Je mets de la musique tout en pensant à ce que je pourrai faire de ma journée. J’allume une cigarette. La signalisation du message clignote encore. J’ouvre le message : « Bonjour », venu tout droit d’un inconnu. Un pseudonyme point commun. Aucune photo pour identifier la personne. Je réponds avec mollesse. Quelques minutes. Un autre message. Je réponds avec le même désintéressement. Une discussion banale commence à prendre forme. Quelques petites questions triviales auxquelles ne succède aucun intérêt. Un échange automatique dépourvu de toute curiosité.

   Aucune bizarrerie de ma part. Je n’arrive toujours pas à accéder à la compréhension existentielle de ces connaissances virtuelles. Je connais quelques personnes qui pratiquent ce genre d’échange humain. Ils m’ont conseillé l’expérience, exaspérées peut-être par ma solitude presque éternelle. Je ne donnais pas ouïe de façon complète à leur proposition. Je m’inventais peut-être des excuses : ce n’est pas spontané. C’est trop étudié. Bref, la liste des raisons que je pouvais présenter, et que je présente encore, est bien longue : j’évoquerai l’artifice, le manque d’authenticité, l’ennui, le désespoir…

   Je m’adonnais rarement à cette activité sans le moindre sérieux. Mon entrée dans ce monde à été parrainée par une amie qui cultivait bien les fruits de ses recherches. J’acceptais l’accès sans rien dire. Je devais chercher en premier lieu un pseudonyme qui cacherait mon identité réelle. Selon quelle logique choisirai-je ce surnom ? Aucune réflexion à l’horizon. J’ai fini par accepter la proposition de N., sans pour autant être d’accord avec son choix. Venait ensuite une étape très intéressante : remplir un formulaire concernant ma taille, mon poids, la couleur de mes cheveux et de mes yeux, mon style vestimentaire, mon mode de vie, mes orientations sexuelles, si je fume ou non, si j’ai un piercing ou non…Bref, une gamme d’indications qui donnerait à l’autre une bonne raison de venir vers moi. J’étais devenu un produit. Il ne me manquait plus qu’un code-barres (envie que j’ai encore d’un tatouage sous la forme d’un code-barres sur la nuque).  Tout au long de la démarche, je gardais un visage neutre, évitant le dégoût (je garde toujours cette figure dans les situations que mon cerveau n’accepte pas facilement).  Vient l’ultime étape : un champ vide à remplir. Un descriptif de ma personne, quelques mots avec lesquels j’attirerais l’autre. Second degré de dégoût. Toujours le même visage neutre, incapable de formuler une pensée. J’ai laissé libre choix à mon amie. Depuis mon entrée dans ce monde, je n’ai repris cette activité que très rarement, poussé par un ennui très pesant. Fuir la monotonie des jours et des visages par une chose non voulue. Jamais une discussion n’a pris suite. Aucun dialogue n’a laissé place à un intéressement. Je vivais entre deux niveaux : un monde virtuel sans aucun enchantement et un autre réel, gorgé de quotidien.

   Un autre message. Une discussion se tisse. Un étranger à l’autre bout avec qui je parle d’études. Echange fort banal. Ma mère n’est pas encore rentrée. Le même étranger est encore là. On échange quelques idées et appréciations sur la littérature. On parle de Voltaire, de Kundera. On évoque Barthes et Camus. Je commence à prendre mon aise avec cet inconnu. On s’échange quelques fragments littéraires, quelques titres musicaux. On a presque les mêmes goûts.

                                                                                                                   *                 *                *

   Quinze heures. Dehors, il fait chaud. J’ai envie de nager. J’appelle Fonna. Aucune réponse. Je prends un livre. J’entame la lecture. Quelques pages dépassées, l’étranger me vient à l’esprit. Un passage qui ferait bon exemple dans notre discussion antérieure. Je souris. Je réécris le fragment. Je l’envoie à l’inconnu.

    Je sors, comme tous les jours, prendre un café avec mes amis. Modification de routine : on change de café. On quitte l’espace usuel sans aucune raison évidente. Une nouvelle habitude accompagnera le nouveau lieu. Bouleverser la routine pour tomber dans une autre. Les heures deviennent longues. Une morosité circule dans l’air. Les têtes tentent de déjouer l’ennui. Le bavardage prend forme. Parler pour cacher. Parler pour dire l’abattement. Second niveau d’ennui : on décide de boire quelques bières. C’est le soir.

   Je rentre tard chez moi. Je reste dans le jardin. Je fume une cigarette. Je me prépare à un lendemain pareil. Aucune motivation. Aucune nouveauté. Rien à signaler à part ce rien. Une monotonie affreuse qui se prolongerait peut-être sur plusieurs mois. Pourquoi donc retracer ce vide ? À quoi bon m’interroger sur les raisons qui me pousseraient à écrire cette vacuité ?…Rien

@ Rawand Ben Mansour
@ Rawand Ben Mansour

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09. oct.
2013
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Nicotines: La pagaille – 1

                                                                                                                                                                                                                                      10 Juillet 2010

Recomposer son vécu par des mots. Auparavant, je ne pensais jamais pouvoir le faire. J’osais même parfois me moquer de certains amis qui tenaient des journaux. Un journal intime ! Quel foutre ! Ecrire chaque moment de son existence, médiocre soit-elle.

Je me moquais.

Chaque soir, généralement sur son lit, une petite lampe juste à côté pour rendre la scène plus intime, on tenait  le petit journal et on y gribouillait quelques notes. Le matin : les cours, le lycée, les amis. L’après-midi : les cours, le lycée, les amis. Le soir : une sorte de résumé sous forme d’une pensée philosophique.La même chose, quotidiennement. On écrit l’ennui, la solitude, la non réciprocité d’un certain amour ; le manque, le désir…

Et je me moquais.

Quelle arrogance que de tenir un journal intime. C’est ce que je pensais. Jamais l’idée d’un certain bienfait scripturaire n’a traversée ma tête. Moi, je ne sentais rien. Aucune envie non assouvie. Aucun désir orphelin. Pourquoi alors allais-je écrire ?

Là, ce que je ressens s’appelle achèvement. Le bordel mental dont je souffre quotidiennement, entre chaque réveil et chaque sommeil m’est insupportable. Sans aucune conviction, je décide donc d’écrire, faute de récepteur.

Alors, quoi dire ? Par où commencer ? Le matin, je n’ai rien fait. Le lit sur lequel j’ai laissé mon corps était plus actif que moi. L’après-midi, pareil. Le soir, j’ai dîné, pas plus.

Qu’est ce que je vais noter ? Il faut quand-même écrire quelque chose ! Je cherche…

Je risque l’explosion si cette pagaille ne cesse pas. Désordre : toutes les idées sont là, dans ma tête.  L’indifférence commence à s’installer, accompagnée d’un léger mépris. Deux mois en avant, le mépris que je sentais était plus imposant. Là, c’est l’insouciance qui prend la relève. La fin.  Y n’a jamais été présent. Moi par contre si. Je l’étais. Ce n’est pas juste. Moi qui adore tout ce qui est juste, je décide de ne plus voir Y.

Jamais.

Là, la chaise où je suis assis me fait un peu mal au dos. Je ne peux pas écrire sur le lit et je n’ai même pas de quoi faire une lumière tamisée. J’écrirais peut-être demain.

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09. oct.
2013
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3

Prologue de la frustration

B.  est l’auteur de ce qui suivra. Il est assez jeune, son âge intéresse peu. Son physique est fort banal. La quotidienneté habite son corps. Ses études ne vous intéressent en rien. Son métier encore moins. La seule chose qui pourrait être relativement captivante chez B., c’est les fragments de son journal, trouvés par hasard dans la maison que je viens de louer. Je ne connais point B. Je l’ai vu une seule fois, sur la photo qui décorait la cheminée du nouveau salon.

Je vous livre là, les traces scripturaires d’une portion de la vie de B. C’est avec ces quelques lignes, inscrites sur l’enveloppe jaunâtre qui contenait les fragments, que ma curiosité à été déclenchée :

Ceci n’est pas une histoire d’amour. Loin de ça.  Ça ne doit pas être compris comme une déclaration, encore moins que comme une preuve. Ceci n’est rien.

Rien n’a été inventé. Aucune fiction ne contrôle le pas démesuré de l’écriture. Ceci à été pensé.

Tentative hasardeuse de boucler une Chose. Étayage de pensées au gré d’événements. Expertise de contrôle à coups non certains.

C’est l’écriture qui prend le large de l’inconscience. Ce sont des mots qui balbutient l’incompréhensible fixation.

Inutile de dire que je n’ai pas modifié «  la chose ». Tout est présenté dans sa virginité initiale. J’ignore quand est-ce-que B. a commencé à tenir son journal. Je ne sais même pas s’il a été écrit dans cet ordre ou pas. C’est ainsi que je l’ai trouvé et c’est comme ça que je vous le livre.

Pourquoi ? Je l’ignore moi aussi. Je vous le livre, c’est tout. J’aurais peut-être dû le confier à la famille de B. Personne n’est venu récupérer ses affaires. Je suis là depuis presque un mois. Le propriétaire de la maison n’a pas voulu s’en charger. L’espace est déjà assez petit. Je ne sais même pas comme a-t-il pu y vivre. Ses affaires occupent toute une pièce. Je vous le donne peut-être alors avec l’espoir que quelqu’un vienne reprendre le tout.

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"Le langage est une peau"

Auteur·e

L'auteur: rebich mechag
27 ans Tunisie

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