Nicotine: La frustration – 4

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3 novembre 2013

Nicotine: La frustration – 4

 03 novembre 2010

 

 Hier soir, j’ai passé la nuit avec Y. Je n’ai presque rien senti. Sensations commodes, provoquées dans l’ignorance de tout sentiment. Sensations réalisables avec d’autres personnes. Hier, deux corps se sont quittés. Avant de clore le spectacle, au milieu d’une certaine jouissance charnelle, le visage de l’étranger campa dans ma tête : dégoût.

J’ai peur.

 19h.  L’Autre joue. C’est ce que le serveur de communication m’informe tous les jours. A chaque réveil, j’ouvre mon ordinateur. Il est là. L’habitude a cessée. On ne se parle plus. On a assez parlé. Presque trois mois,  jour par jour, qu’on parlait. La parole est apparemment épuisée. Il faut la garder pour la dépenser lors d’une rencontre réelle. Cette idée me bouleverse. Je ne sais pas pourquoi elle ne me plaît pas.

 Rencontre réelle. Aucun barrage virtuel. Le délire commence : fantasme quotidien, circulaire. Au réveil, je le vois. Avant de dormir, je le revois. Toujours le même, identique. L’Autre est imperceptible. Je le vois mal. Son visage est crypté. Son corps n’est pas net. Le fantasme prend place dans plusieurs espaces : sa maison, inconnue. Un café anonyme. Un bar silencieux, lumière tamisée. La mer. Toujours la même situation : l’Autre est en face de moi, jamais à côté. Il ne me regarde pas. Son regard est lointain. Je tente de captiver son regard, je le fixe. Rien. Ses yeux ne bougent pas. J’entends l’Autre parler. Je ne comprends pas les mots. Je ne vois que sa bouche. Je continue la visualisation de sa bouche. Elle m’émerveille. La bouche redevient cryptée. Je suis froissé. Je tente de m’approcher de l’Autre. Je le fais. La distance est toujours la même. L’étranger n’a pourtant pas bougé. J’avance encore une fois. Aucun rapprochement. J’essaye de tenir sa main. Mettre ma peau sur la sienne. Je n’y arrive pas. Impossibilité de joindre la chair de l’Autre. Je casse la tranquillité de la scène. Je lui demande de me toucher. Formulation verbale de mes envies. L’Autre ne refuse pas. Sa main avance lentement vers la mienne. Elle y est, posée. Je ne sens rien. Je lui demande de presser. Il le fait. Toujours rien. J’essaye d’alimenter son désir. Je pars le caresser. Je n’y arrive pas. Mes mains perdent leur fluidité habituelle. Arides. Je le pointe. Je ne caresse pas. Je touche, automatique. L’Autre ne réagit pas. Je lance mon corps vers l’Autre. Il me recevra. J’atterrirai entre ses bras. Un bruit…Je vois mon corps dans sa lancée… Toujours le bruit… C’est mon téléphone. Le fantasme s’évapore brusquement. La réalité reprend le dessus, suffocante.

 

 

La discussion avec l’Autre me manque. Son visage aussi.

 

@ Rawand Ben Mansour

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Commentaires

Turkeviç
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encore un régal :)